LE PORT INTERIEUR

copyright jean-didier Wagneur

LE PORT INTERIEUR est un roman d’Antoine Volodine, publié en 1995 aux éditions de Minuit. Il raconte l’affrontement brutal entre deux militants dans un taudis de Macau. L’un est envoyé par le Parti pour tirer des informations de l’autre qui est écrivain et dissident, et qui protège la femme qu’il aime, camarade devenue dissidente qui a sombré dans la folie. Les personnages soliloquent et errent dans un temps et un réel indéterminés, prisonniers des révoltes et des trahisons qu’ils ont tissées, et mus par l’espoir chimérique de s’embarquer et de fuir dans un monde idéal, une île, un paradis. Le cargo est à quai, attendu par une foule de gueux, hommes, oiseaux, buffles, éléphant, refoulés par les soldats, et qui se battent entre eux pour monter à bord.

Bien qu’elle se passe à Macau, l’histoire pourrait aussi bien se passer à Calais, à Lampedusa où ailleurs, aujourd’hui, ou à une autre époque, celle d’Homère, de Daniel Defoe, de Melville, de Steinbeck ou de Conrad.

Ce fut autrefois, mais c’est aujourd’hui, et ce sera sans doute demain.

C’est un univers sombre et menaçant, tout à la fois réaliste et visionnaire, mais aussi émouvant, où se côtoient le sordide et la tendresse qui lie les personnages, malgré leur solitude et leur délire. Le récit est porté par une écriture très vivante, précise, sonore et picturale, extrêmement poétique.

Emmanuel Nunes a souhaité en faire une adaptation sous forme de théâtre musical, très proche de l’opéra, en janvier 2011, et obtenu l’accord de l’auteur. Nous nous y sommes mis aussitôt, lectures, découpages, livret, décors et personnages. Mais Emmanuel est tombé très gravement malade en février 2012, et quand il fut hospitalisé en juillet, il n’avait pas encore écrit la musique, et il m’a demandé de transformer ce projet en théâtre musical en utilisant des pièces à lui déjà écrites. Nous avons travaillé chaque jour à l’hôpital Saint-Louis, jusqu’à sa mort le 2 septembre, et il y mettait un tel enthousiasme, que j’avais l’idée, et l’espoir, que ça le garderait en vie.

Cette maquette est le fruit de notre travail de janvier 2011 à août 2012. Pour le scénario, j’ai suivi fidèlement le roman, mais j’ai dû faire quelques coupes pour que ça ne dure pas 4 ou 5 heures. Les dialogues sont tout aussi fidèles au texte, simplement transcrits à la forme directe, le pronom personnel JE remplaçant le IL du narrateur. Et je me suis laissée guider par le texte pour les sonorités et les décors, tout en respectant les consignes d’Emmanuel, et avec l’amical soutien d’Antoine Volodine.

helene borel hetzel© 2018